Nottingham Forest à la fin des années 1970, l’apogée d’un club aujourd’hui oublié

Il existe des clubs qui, même s’ils n’ont plus la même prestance que par le passé, ne restent pas moins des patrimoines pour le football. Parfois oubliés, parfois rattrapés par un sport qui a évolué trop vite et n’ayant pas su gérer les moments de transition, ces clubs évoluent aujourd’hui à des places qui paraissaient invraisemblables il y a quelques années encore. Toutefois, ils gardent une place historique au panthéon des clubs, rien ni personne ne pourra leur retirer ce statut. Le club anglais de Nottingham Forest en est l’exemple parfait. Protagonistes de la fin des années 70, les Reds, grâce à une ascension soudaine, ont su marquer leur temps et écrire l’un des plus beaux chapitres du livre du football.

Des abysses au trône d’Angleterre

Le 6 janvier 1975, un nouvel entraineur, Brian Clough, débarque à Nottingham. Sa mission ? Sauver le club, en grand danger dans son championnat, puisque l’équipe, alors en deuxième division, lutte pour le maintien. L’entraineur est un homme expérimenté. Il a auparavant entrainé Hartlepool United, Derby County, Brighton & Hove Albion, et Leeds United. Un nom qui n’est, de ce fait, pas inconnu au monde du football, comme le souligne son expérience à Derby County avec lequel il a remporté un titre de champion d’Angleterre en 1972, quelques années après avoir fait remonter l’équipe en première division. L’homme de la situation pour secourir Forest donc ? La tâche de Clough n’est cependant pas gagnée d’avance, car ce dernier est en quête d’une nouvelle légitimité après son passage manqué sur le banc de Leeds marqué par un licenciement au bout de 44 jours seulement.

Le défi est de taille, mais il parvient à sauver Nottingham de justesse de la relégation en finissant à la seizième place. La mission était ainsi accomplie et Clough allait désormais pouvoir travailler plus sereinement pour construire et renforcer son équipe. La saison suivante est de meilleur augure, puisque le club parvient à terminer à la huitième place de l’édition 1975/1976. Pas de doute, l’équipe progresse. Durant l’été 1976, le club voit arriver Paul Taylor pour suppléer Brian Clough sur le banc. Les deux hommes se connaissent très bien, ils se retrouvent quelques années après leur expérience couronnée de succès à Derby County. Ce sont, en effet, les acteurs de l’illustre période du club, qu’ils ont parvenu à faire monter en première division, puis à remporter le titre de champion d’Angleterre et à amener jusqu’en demi-finale de Coupe des clubs champions européens (à présent la Ligue des Champions). Ainsi, l’idylle entre l’entraineur Clough et l’adjoint Taylor peut reprendre, et les espoirs de voir le club s’imposer au premier plan fleurissent. Leur association est de nouveau fructueuse, puisque Nottingham finit l’année 1977 à la troisième place, synonyme de montée en première division.

Désormais, Forest a rejoint l’élite, et le club doit confirmer son statut de promu dans un championnat relevé. En outre, la grande équipe de l’époque, Liverpool, enchaine les titres nationaux et européens. Pour rivaliser et parfaire sa défense, Nottingham se renforce en faisant signer gardien de but chevronné Peter Shilton, qui deviendra le gardien emblématique du club et de la sélection nationale anglaise (202 titularisations avec Nottingham et 125 avec l’Angleterre). Lors de son arrivée, Taylor déclare « Shilton te fait gagner des matches », l’avenir lui donnera raison. Nottingham Forest crée très vite la surprise en se montrant résistant face à la concurrence. L’équipe ne perd que trois matches durant la saison et réussit à tenir en échec par deux fois le grand Liverpool. A l’issu de la saison, Nottingham finit meilleure défense du championnat avec seulement vingt-quatre buts encaissés en quarante-deux rencontres. La citation « l’attaque vous fait gagner des matches, la défense vous fait gagner des titres » que formulera Sir Alex Ferguson quelques années plus tard prend tout son sens ici. Peter Shilton n’en est pas étranger et Paul Taylor avait vu juste. A la surprise générale, le groupe finit champion d’Angleterre en 1978. La grande équipe de Liverpool avait enfin trouvé plus forte qu’elle cette année-là, puisqu’elle terminera deuxième à sept points de la première place. Nottingham devient l’une des seules équipes de l’Histoire à avoir gagné le titre de première division un an après avoir été promu. De plus, les Forest ont mis en place un rythme insoutenable pour la concurrence. Les joueurs de Clough sont invaincus depuis novembre 1977, et ils le seront jusqu’en décembre 1978 : un total de 42 matches sans défaite (record qui ne sera battu qu’en 2004 par Arsenal). La soif de trophées des Reds ne s’arrêtent pas là. En effet, en plus du championnat, le groupe de Clough remporte également la Coupe de la Ligue anglaise en triomphant une nouvelle fois sur Liverpool. La saison se conclut sur une note parfaite.

Le rempart Peter Shilton / Crédit photo : Skysports

Et Nottingham devint un grand d’Europe

La rentrée débute sur la même dynamique. Dès la reprise Nottingham remporte le Charity Shiled (un trophée qui oppose à chaque début de saison le vainqueur du Championnat d’Angleterre à celui de la Coupe d’Angleterre de la saison précédente) contre Ipswich Town sur le score de 5-0. Pour la première fois de son Histoire, Nottingham va jouer la Coupe d’Europe avec la Coupe des clubs champions européens (actuelle Ligue des Champions). Le système actuel qui comporte une phase de groupes n’existe pas encore. La compétition incluait uniquement des rencontres à élimination directe jusqu’à la finale, dont le format était basé sur des matches aller et retour. Seuls les champions nationaux y participent, mais le vainqueur de l’édition précédente était automatiquement qualifié. Le hasard des choses fait que Nottingham retrouve Liverpool, double tenant du titre de la compétition, au premier tour. Une fois encore les joueurs du comté de Nottinghamshire triomphent. Derniers représentants anglais, ils ont désormais la lourde tâche de faire honneur au football national. Le reste du parcours est une formalité. Au deuxième tour, Forest élimine facilement l’AEK Athènes sur un score total de 7-2, puis se défait sans soucis des Grasshopper de Zurich en quarts, après un autre récital offensif portant le score total à 5-2. Après son succès face à Cologne en demi-finale, Nottingham retrouve en finale le club suédois de Malmö. Le match est remporté par les Anglais sur le score de 1-0, grâce à un but de Trevor Francis, qui permet au club de gagner le trophée pour la première fois. La prouesse est exceptionnelle, surtout lorsque l’on se rappelle que le club évoluait il y a encore deux ans en deuxième division anglaise. La saison s’achève par une deuxième place en championnat, derrière un fantastique Liverpool, et par une nouvelle victoire en Coupe de la Ligue, contre Southampton cette fois.

L’année suivante est de nouveau fructueuse en performances. Le club a su construire une équipe solide, composée de joueurs clefs qui laisseront leur emprunte dans l’histoire de Nottingham et du foot anglais. On compte parmi eux Peter Shilton, le défenseur Viv Anderson (le premier joueur de couleur sélectionné en équipe d’Angleterre), le milieu Martin O’Neill, l’attaquant Trevor Francis et le trio écossais composé de l’ailier John Robertson, du milieu Archie Gemmill et du défenseur Kenny Burns. Forest remporte la Supercoupe d’Europe contre Barcelone, puis atteint pour la troisième fois consécutive la finale de la Coupe de la Ligue, perdue cette fois-ci. Cependant, le nouveau tour de force se fait en Coupe d’Europe. C’est en tant que tenants du titre que Clough et ses hommes abordent cette fois la compétition. Cela ne semble d’ailleurs pas les impressionner, pas plus que lorsqu’ils l’ont jouée en tant que petits nouveaux l’année précédente. Nottingham hérite au premier tour des suédois de Östers IF, puis du club roumain FC Argeș Pitești, qu’ils élimineront sans encombre. La suite est plus compliquée, mais à la fin… ce sont toujours les Anglais qui gagnent. L’adversaire en quarts de finale se nomme le Dynamo Berlin, et malgré une frayeur au match aller après une défaite 1-0, les Reds se rattrapent au match retour en s’imposant 3-1. L’Ajax attend désormais le club en demi. Certes ce n’est plus l’Ajax du début des années 70, mais l’adversaire reste coriace et personne n’a oublié les heures de gloire des Hollandais quelques années plus tôt. C’est finalement Nottingham qui gagne et qui rejoint la finale pour la deuxième fois de suite en deux participations. L’autre finaliste est le club allemand d’Hambourg, vainqueur plus tôt du Real Madrid. La finale tourne rapidement à l’avantage des Anglais : un but de l’une des icônes du club, John Robertson, marque dès la 20ème minute. Hambourg ne reviendra pas au score, puisque le portier Peter Shilton, auteur d’une partie de haut rang, en a décidé autrement. Nottingham est champion d’Europe pour la deuxième et dernière fois de son histoire. Avec ce titre, le football anglais inscrit un peu plus sa domination en l’Europe. Nottingham s’inscrit ainsi dans la légende et dans l’originalité : à ce jour, c’est le seul club à avoir remporté plus de Coupes d’Europe que de championnat national.

Nottingham et la Coupe aux grandes oreilles / Crédit photo : Getty images

Des profondeurs de la deuxième division au sommet de l’Europe, Brian Clough et Paul Taylor ont gravé Nottingham Forest dans l’histoire du ballon rond. L’exploit fut de taille et le club fut le meilleur du monde pendant un temps. Toutefois, le titre de 1980 marque paradoxalement le début de la fin. Le club ne réitèrera plus ses performances. Malheureusement, toutes les belles histoires ont une fin : une dispute entre Clough et Taylor éclate en 1982 et ce dernier quitte le club. Les lendemains de la génération double championne d’Europe sont plus délicats. Même si Clough reste sur le banc jusqu’en 1993, l’équipe ne s’imposera plus jamais en Europe. Pire encore, le club connaitra de terribles désillusions avec des relégations fréquentes par la suite. C’est la fin d’une époque et d’une période dorée pour Forest. Ils firent rêver l’Angleterre, ils firent trembler le continent, et ça, les supporters ne l’oublieront jamais.