Julien Brun : « Pour moi, le Barça de Guardiola est l’équipe la plus forte de l’histoire »

Comme vous le savez, nous avons, sur notre site, l’habitude vous faire vivre ou revivre des moments qui ont fait la légende du football. Si les 22 acteurs sur les terrains sont les principaux personnages, il en existe d’autres. Les coachs notamment, mais aussi les arbitres, le public… et les commentateurs. Sur notre site, nous avons déjà évoqué la folie de Victor Hugo Morales lors d’Argentine – Angleterre en 1986, ou encore Jack Van Gelder sur le but de Bergkamp contre l’Argentine en 1998. Cette semaine, nous avons eu la chance de rencontrer Julien Brun, commentateur de BeIN Sport qui est revenu, avec nous, sur l’histoire de notre sport. Interview.

Depuis quand regardez-vous le football ? Et comment êtes-vous tombés dedans ?

Depuis quand ? Je pense que c’est depuis toujours (rires) ! J’ai un grand frère en fait, lui il regardait le foot et y jouait quand j’étais petit, donc j’ai l’impression d’avoir toujours connu ça. Il y avait un côté plus événementiel. Moi mes premiers souvenirs de foot à la télé c’est l’Euro 1984, et c’est un bon souvenir parce que non seulement il y a les matchs etc., mais bon j’avais six ans donc ce sont des souvenirs confus, mais ce dont je me souviens ce sont les barbecues ou les fêtes, la joie collective en famille. Il y a vraiment un souvenir positif avec cette Equipe de France là, Platini etc. C’est le premier souvenir auquel je pense mais j’en avais forcément regardé avant, ça m’a juste moins marqué. J’habitais à la cambrousse dans une région sans club de haut niveau mais mes grands-parents habitaient à Lille donc très petit, vers 4-5 ans j’ai dû aller au stade voir le LOSC et ça m’a mis dedans. Même si mon père n’était pas un grand fan et que ma mère n’aimait pas ça du tout, mon frère qui était dedans m’a montré la voie.

Et donc vous préfériez le football que vous regardiez avant quand vous étiez enfant ? Vous dites qu’aujourd’hui on regarde encore plus de foot, mais c’est un autre football qui a vraiment évolué : vous préférez le football « moderne » ou celui d’avant ?

Je préfère être plus jeune (rires), donc voilà. Plus sérieusement la rareté de l’époque faisait qu’effectivement il y avait peut-être quelque chose en plus, le fait d’avoir un seul match disponible par semaine par exemple, ou des choses comme ça. Peut-être qu’effectivement il y avait un truc en plus, mais ça c’est une perception « personnelle ». En revanche, au niveau du jeu et de ce qu’on voit, je pense qu’on est dans la période bénie du football. Franchement le « c’était mieux avant » qu’on entend tout le temps, je ne le comprends pas parce que les mômes qui ont grandi avec le foot des années 2000 et qui ont vingt ans aujourd’hui, je pense qu’ils ne pouvaient pas demander beaucoup mieux. Il y a moins de rareté encore une fois, parce que la Ligue des Champions fait qu’on a des chocs tout au long de l’année, mais il n’empêche que pour ce qui est du football et du plaisir, il est beaucoup plus régulier et meilleur que celui des années 80-90 qui était plus fermé. Il y avait moins de buts j’ai l’impression. On sort d’une décennie ou même de quinze ans exceptionnels ! Le grand Barça, les grandes équipes européennes, Messi et Cristiano Ronaldo en même temps… Dire que « c’était mieux avant » quand j’étais enfant dans les années 80, franchement ce serait être de mauvaise foi, ce serait même un peu abusif.

Deux des joueurs qui ont marqué notre ère. / Crédits photo : PA

Comment s’adapter à cette évolution lorsqu’on est commentateur ?

Disons que quand j’ai commencé à commenter, pour moi, le football avait déjà commencé à changer. J’ai commencé à commenter en 2005 environ, donc j’ai toujours été dans la période du foot moderne. J’ai l’impression que le foot a vraiment changé au moment de la Coupe du Monde 94, enfin à la moitié des années 90 qui marquent le début du foot moderne. Donc moi j’ai toujours connu le football moderne d’une certaine manière. Le foot « ancien », je l’ai juste connu en tant que spectateur.

Vous nous parliez de l’Euro 1984 et de vos bons souvenirs, mais s’il fallait retenir un seul match qui vous a procuré le plus de plaisir, de frissons, lequel vous pourriez citer ?

Sur ce que je commente, il n’y a pas de « grand flou » mais j’ai quand même moins de souvenirs précis que des matchs que je regardais étant gamin… J’avoue qu’il y a un match qui m’avait vraiment marqué à l’époque, c’était la finale de la Ligue des Champions entre le Milan et le Barça, avec le 4 – 0 pour le Milan, le but de Desailly… Je devais avoir 16 ans mais je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui se passait et que le foot était en train de changer, je me rappelle avoir vraiment eu cette réflexion. Sinon j’ai un souvenir beaucoup plus douloureux, je pense que c’est le France – Bulgarie de 1993, là j’avais assez peu de recul sur le foot. J’ai vécu pleins de super matchs depuis mais avec un peu plus de recul. Le France – Bulgarie je l’ai pris sans filtre, pleine face, à quinze ans. C’est la dernière fois de ma vie que j’ai pleuré pour du foot. Ouais j’avais bien chialé (rires).

Ajax 1995, Liverpool 2005, la remontada du Barça, Leicester 2016… quel est, selon vous, le plus grand exploit de l’histoire du football ?

J’ai pas tout vécu non plus mais depuis que je suis le foot, il y a deux trucs qui sortent. La Grèce en 2004, assez moche mais totalement inattendu, et effectivement Leicester. C’est pas le plus emballant ou le plus sexy mais c’est vrai qu’en termes de choses inattendues c’est peut-être le cas. C’est totalement anormal ce qui arrive à ce moment : tous les membres du Big Six s’écroulent la même saison, il y a une sorte de concordance des astres ou je ne sais pas ce qu’on peut dire, mais il y a quelque chose comme ça qui s’est passé qui n’était pas normal. Sinon dans l’histoire il y a peut-être le miracle de Berne de 1954. Je ne l’ai pas vécu mais bon si on appelle ça « miracle » de Berne c’est qu’il a dû se passer quelque chose de fou entre la RFA et la Hongrie.

Leicester, tout droit sorti de Championship, sacré l’année suivante champion d’Angleterre. / Crédits photo : Premier League

En 1982, la VAR aurait très certainement donné raison à Battiston à Séville. Elle en aurait sûrement fait de même à Chelsea en 2009. Êtes-vous en faveur du vidéo arbitrage pour plus de justice, ou bien pour ces quelques injustices qui font la passion de notre sport ? Cela change quelque chose dans votre métier ?

Alors j’avais très très très peur avant l’installation de la VAR qui est un basculement complet. On passe à un foot en « différé ». Finalement on n’en est pas là, mais il y a des choses contradictoires dans le sens où il y a des moments où ça m’énerve de me dire qu’on a une pré-joie, un moment d’attente, et la joie. Mais d’un autre côté, je me rends compte que dans les compétitions sans la VAR, moi-même qui ne suis pas forcément un pro-VAR, c’est quand même dur de laisser un arbitre prendre des décisions très dures sans la vidéo. Je suis un peu partagé parce que ça peut améliorer les choses mais il y a aussi des effets pervers avec des émotions en différé. Ca change des choses par rapport à mon métier parce que tu t’enflammes, puis tu te calmes et hop tu te réenflammes. T’es comme le mec qui regarde le match en fait, c’est un rythme nouveau auquel on n’est pas habitué.

Les gens qui vous écoutent se rappellent tous du match que vous avez commenté entre la Suède et le Portugal en barrages de Coupe du Monde. Est-ce que c’est ce match que vous avez pris le plus de plaisir à commenter ?

Effectivement sur ma carrière il y a 3-4 matchs qui ressortent et celui-là en fait partie. Je n’aime pas quand on personnalise le football dans le sens où c’est un sport co, mais là c’était vraiment Zlatan ou Ronaldo. Ils n’étaient pas tous seuls mais ils tirent leurs équipes vers le haut. Ce soir-là en plus, Ronaldo bat le record de buts de Pauleta en sélection. J’ai aussi fait un Dortmund – Malaga en quarts de Ligue des Champions avec deux buts dans le temps additionnel pour Dortmund et la situation complètement changée. Sinon j’ai fait Real – Wolfsburg avec 2 – 0 à l’aller pour Wolfsburg et au retour 3 – 0 pour le Real. Cristiano m’a un peu suivi aussi (rires) ou alors c’est moi qui l’ai suivi. Sinon plus récemment, peut-être celui qui m’a le plus vraiment fait kiffer, c’est le Belgique-Japon à la Coupe du Monde 2018. Celui-là c’était quelque chose parce que c’était un peu le résumé de ce que j’aime dans le foot avec 45 minutes où ne il se passe pas grand-chose, à la mi-temps on est avec Bruno Cheyrou et on ne savait pas si on allait rester pour les quarts de finale et si c’était notre dernier match et on se disait que c’était dommage : 0 – 0, il se passe pas grand-chose… et puis finalement tu te retrouves à être complètement embarqué par la seconde période où t’es pris par une sorte de lessiveuse de sentiments positifs. On se dit souvent qu’on a du bol de faire ce métier mais quand tu te dis que t’as vécu ce moment-là sans trop te planter, sans me dire que j’ai été nul sur un but, c’est un moment fort effectivement.

Selon vous, le commentateur doit-il apprendre des choses aux téléspectateurs sur le stade et les équipes qu’ils regardent ?

Je pense qu’on peut le faire, après il y a tellement de matchs diffusés, tellement de sites internet consacrés aux clubs etc., que quand on est dans le match, on ne peut pas sortir constamment non plus du match. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut jamais faire de références historiques, il n’empêche que l’élément majeur que vient chercher la plupart des gens qui regardent, c’est le match. Il faut essayer de trouver le juste milieu entre les deux d’une certaine manière, à la limite mettre tous ces éléments-là dans les avant-matchs, c’est peut-être plus efficace. Puis par exemple, il fut un temps où seuls trois matches au Santiago Bernabéu étaient diffusés par an. Aujourd’hui tout est diffusé. Les lieux se sont, d’une certaine manière, banalisés. Avant tout était sacralisé, cette rareté dont on parlait tout à l’heure existait à tous les niveaux. Tous les lieux paraissaient incroyables, aujourd’hui tout est démystifié par le fait que ça soit quasiment du quotidien.

On sort un peu du sujet : beaucoup de gens sont critiqués parce qu’ils supportent des clubs étrangers, vous en pensez quoi ?

Je pense que chacun fait ce qu’il veut. Être prescripteur en termes de football c’est complètement dingue. Quand on y pense on aime quoi ? On aime regarder onze mecs contre onze mecs ou onze filles contre onze filles. C’est quelque chose qui n’a pas d’intérêt majeur, qui est complètement vain dans le fond. Maintenant, je dis ça mais j’en regarde tous les jours, c’est ma passion, j’adore ça. Mais si on commence à dire « il faut faire ci, il faut faire ça », il ne faut plus regarder de foot. Il faut s’investir dans des associations et passer son temps sur des choses vraiment utiles. Là, il s’avère que c’est un loisir et ça doit être un loisir, à la fois de jouer au foot et de regarder du foot. Ça veut pas dire qu’il ne faut pas le faire sérieusement, moi je prépare mes matchs le plus sérieusement possible et des gens ont le droit d’être totalement premier degré devant un match. Il y a même des gens qui sont des gros footix, ils ont le droit ! Il n’y a pas d’obligation à aimer le club de son village. Un gamin qui regarde la télé, et qui est fan d’Eden Hazard, bah le gamin va devenir fan de Chelsea, et qui on est pour lui dire qu’il a pas le droit ? Après tout s’il habite la Picardie – je dis ça parce que c’est de là que je viens – et qu’il est loin du stade d’Amiens, ou même s’il en est proche, mais qu’il a envie de rêver de Chelsea, eh bien il vit cela à sa manière ! Il n’y a pas de « footixerie » particulière, chacun a le droit d’aimer l’équipe qu’il veut. Il faut juste être conscient de ses limites. Ce qui est relou, ce sont les footix qui vont apprendre le foot : je dis ça en pensant à ma fille par exemple, qui regarde du foot et qui va me dire « mais pourquoi il fait pas jouer machin ? » alors qu’elle regarde trois matchs par an. J’ai envie de lui dire de se taire mais bon je ne le fais pas parce que je suis un père modèle (rires). Sinon sur la manière de voir le foot, on a le droit d’habiter à Romorantin et d’être fan du FC Séville comme on a le droit d’habiter à Amiens et d’être fan de l’OM, enfin moi je vois aucune restriction dans ce domaine ! Chacun fait ce qu’il veut, tout va bien ! Je lis des trucs sur Twitter disant « aucune culture foot dans ce pays », mais qui est-on pour dire ça ? Et ça voudrait dire que tous les gens qui disent ça, eux, prétendent la détenir ?

Vous avez pris l’exemple d’Eden Hazard qui pourrait faire aimer le foot à un enfant, est-ce que vous, vous avez un joueur qui vous a plus fait rêver que les autres et qui selon vous devrait être au Panthéon mais qui ne s’y trouve pas ?

Djezon Boutoille (rires) ! Non je rigole mais c’était un très bon joueur. Après… je ne vais pas sortir totalement des sentiers battus, mais moi j’aime les joueurs très rapides avec le ballon dans les pieds. J’adore Ousmane Dembélé, Eden Hazard, Arjen Robben… après je ne vais pas dire qu’ils sont plus forts que Messi ou Ronaldo, on a chacun son petit truc. (Réfléchit) Ah si ! Moi il y a un joueur que j’adorais c’était Rio Ferdinand. Je suis fan de ce mec-là. On ne peut pas dire qu’il soit complètement oublié non plus, il a gagné la Ligue des Champions, mais Ferdinand – Vidic c’était la paire de défenseurs centraux que j’adorais. Je crois que pendant neuf mois ou quelque chose comme ça, Ferdinand n’a pas commis de fautes en Premier League. Est-ce que c’est sortir des sentiers battus de dire Rio Ferdinand je ne sais pas, ce n’est pas un joueur caché mais bon. Sinon je garde Djezon Boutoille (rires) !

Djezon Boutoille. / Crédits photo : Mike Hewitt – Allsport

Si vous deviez choisir un match dans toute l’histoire à commenter, lequel serait-ce ?

Elle n’est vraiment pas facile cette question ! Il y en a plein qui arrivent en même temps. Angleterre – Argentine en 1986 peut-être. Parce que j’avoue que j’aime beaucoup le foot anglais depuis toujours. Je n’ai pas trop de souvenirs de ce match, je ne crois pas que je l’ai vu en plus. Je pense que j’aurais été pour l’Angleterre, mais d’un autre côté il y avait Maradona en face. On a parlé de « foot moderne » tout à l’heure qui démarre au milieu des années 1990, mais lui je le mets comme « pré-joueur moderne ». Si vous prenez le Maradona de 1986 et que vous l’emmenez en 2010, je pense qu’il fait encore la différence et que c’est encore un très bon joueur. Il est incroyable à voir jouer ! Après les défenseurs en face étaient plus lents et moins bien préparés, mais il n’empêche qu’il avait un truc en plus. Ce match avec la main de Dieu, pas de VAR donc l’émotion immédiate, et après son but exceptionnel où il dribble toute l’équipe… peut-être ce match-là. Et si j’ai le droit d’avoir un consultant avec moi, je veux Darren Tulett juste pour lui mettre bien les boules (rires).

Vous y avez un peu répondu avec Maradona, mais si vous pouviez faire revenir un joueur sur les terrains de football pour le découvrir à nouveau, qui serait-il ?

Je réfléchis, vous me laissez un peu de temps ? (Omar Da Fonseca intervient : « Ahhhhh d’accord aaahhh » puis repart en chantant en espagnol). Il est toujours comme ça, vraiment (rires). Euh, sinon, Maradona c’est un peu évident mais je l’ai vu jouer quand même. Je dirais Pelé. Il est toujours considéré comme le meilleur joueur du monde mais je ne l’ai pas vu jouer du tout donc… Parce que c’est l’idole intouchable et le meilleur de tous les temps, je veux bien y croire, mais j’avoue que je n’ai pas d’opinion bien tranchée sur lui. Sinon j’aurais bien aimé voir la Hongrie des années 1950. Quand j’étais petit on parlait toujours de cette équipe dans les bouquins donc j’aurais bien aimé voir ce que ça donnait vraiment.

Pour vous, quelle est la plus grande équipe de l’histoire, ou au moins que vous avez vu jouer ?

Franchement, le Barça de Guardiola. C’est peut-être le plus évident parce qu’ils ont tout gagné et qu’ils avaient des joueurs exceptionnels, mais ce qui était impressionnant c’est qu’il n’y avait quasiment jamais de matchs pourris. J’étais au stade pour la finale contre United à Wembley, le 3-1, et c’était franchement magique. Je ne sais pas si c’est la meilleure équipe de tous les temps, mais je pense que c’est la plus forte en tout cas. Physiquement ils étaient au taquet tout le temps, plus le talent, les buts, cette constance sur toute la saison. Ils étaient au-dessus de tout le monde alors qu’il y avait d’autres forces dans le football. On a l’impression qu’il n’y avait aucun match où ils étaient à 50%, peut-être à 70 ou 80 mais c’était une mécanique tellement bien huilée que c’était vraiment impressionnant.

Et en termes de club, vous pensez qu’il faut qu’on en désigne un au-dessus de tous ? Si oui lequel ?

Faire un concours entre les clubs… ça dépend des périodes. Il y a eu une période avec le grand Milan dans les années 1980 et au début des années 1990 où ils étaient intouchables. Après, le Real Madrid a pour lui le fait d’avoir régné sur l’Europe à plusieurs périodes. Sinon il y a d’autres clubs exceptionnels parce qu’ils n’ont pas forcément tout ce qu’ils ont pour être au top. Je pense notamment à l’Ajax qui évolue dans un petit championnat et qui a gagné plusieurs Ligues des Champions dans les années 1970 et une en 1995, avant d’arriver en finale d’Europa League il y a deux ans. Ils arrivent à former un nombre de joueurs impressionnants avec une philosophie de jeu positive, que ce soit en termes de spectacle ou de manière d’aller toujours de l’avant, mais aussi à réussir à faire revenir leurs anciens joueurs après qu’ils aient connus de grandes carrières, pour devenir entraîneur des jeunes par exemple. Ils arrivent à renaître systématiquement. De Jong est déjà parti mais dans trois ans, on sait qu’ils vont ressortir un mec comme ça.

Quel est l’entraîneur qui vous a le plus marqué, et pourquoi ?

On peut avoir plusieurs réponses ? Guardiola, parce qu’avec lui on peut encore être surpris. Il fait des innovations en sachant que ça peut être efficace. Il ne gagne pas la Ligue des Champions tous les ans, mais il arrive toujours à réinventer quelque chose, et si jamais il voit que ça ne marche pas il arrive à revenir dessus et à admettre qu’il s’est planté. Dans une industrie où les joueurs sont au pouvoir, ce que je veux dire c’est que même si c’est l’entraîneur qui doit diriger l’équipe, il doit faire en sorte que les joueurs adhèrent, et Guardiola arrive bien à mettre ses joueurs à l’aise. Ça doit faire 10 ans qu’on le connaît, il n’empêche qu’on remarque toujours des trucs surprenants. Il a inventé des tonnes de trucs, mais il nous surprend encore et il le fait avec un but précis pour chaque match et ça fonctionne en plus. En ce qui concerne la personnalité sinon j’adore Jurgen Klopp. Déjà j’adore ce côté comme il y avait à la grande époque de United : on presse très haut, on récupère la balle et hop on se projette. J’allais dire sans se prendre la tête, c’est pas du tout ça évidemment, mais il y a un côté instinctif. Ce qui est chouette avec lui et ses équipes c’est qu’il arrive à incarner ça physiquement : dans sa gestuelle, dans sa manière de s’exprimer avec un mélange de joie et de rage en même temps et je trouve ça très bien emboîté. Ses équipes lui ressemblent et c’est ça qui est chouette.

Pep Guardiola et la Ligue des Champions. / Crédits photo : Sky Sports

Pour finir, vous pensez qu’on va dans le bon sens dans le football ?

J’ai très peur des ligues fermées. C’est le truc qui me fait un peu flipper. J’aime beaucoup l’aléa sportif. Par exemple en Ligue des Champions avec l’Ajax, même si ça ne va pas forcément passer on sent qu’il y a quelque chose. (Il est bon de préciser que cette interview a été réalisée avant la qualification de l’Ajax. Visionnaire ?) Si on perd cet aléa sportif avec la possibilité de la descente par exemple, les matchs n’auront plus d’intérêt puisqu’on sait qu’on jouera encore dans ce championnat l’année prochaine et que nous n’avons rien à perdre. Là, ça devrait obliger tout le monde à se rendre compte qu’on est dans un ensemble. Je pense que c’est mieux d’avoir un aléa sportif, il faut que chaque club se dise avant le début de la saison qu’il ne faut pas finir dans les 2-3 derniers. Ça apporte du suspens. Par exemple Monaco c’est incongru cette saison de les voir aussi bas. Ce que j’aime dans ce sport c’est qu’il y a tout le temps des surprises, où le pari sportif est le plus dur et tant mieux. Même si je ne parie pas et que ça ne m’intéresse pas parce que j’aime le plaisir du foot pour le foot, ce que je veux dire c’est qu’on est dans un sport où tout peut arriver et c’est cool.

Nous remercions Julien Brun pour sa disponibilité et ses précieuses réponses.