Le jour où Cristiano Ronaldo a montré à Zlatan qu’il était le patron

Le 19 novembre 2013, quelques mois avant la Coupe du Monde au Brésil, la Suède de Zlatan Ibrahimovic et le Portugal de Cristiano Ronaldo s’affrontent pour tenter de décrocher une place au mondial. Sans pour autant réduire le football à un sport individuel, ce match s’est tout de même illustré comme une surperformance de la part des deux capitaines de leurs sélections respectives, faisant place à un un contre un acharné pour mener son pays vers la victoire. Ronaldo, ce soir-là, a montré qui il était et a fait résonner son nom dans la tête de Zlatan, qui n’a pas pu rivaliser avec l’immensité du quintuple ballon d’Or.

Lors du match aller entre les deux sélections, Ronaldo fut l’auteur de l’unique but de la rencontre et permit à son pays de s’imposer 1 – 0 contre la Suède de Zlatan, offrant ainsi à sa nation une grande chance de se qualifier pour ce mondial tant convoité. Le vendredi précédent le match retour, le 15 novembre, c’est à Lisbonne que le numéro 7 portugais a pu permettre à son pays de dominer celui de l’attaquant du PSG, lui qui pensait pouvoir montrer au monde qu’il avait sa place parmi les plus grands. Pourtant ce soir-là, c’est bien Ronaldo qui a continué d’inscrire son nom au Panthéon du football, lui qui y était déjà depuis bien longtemps. Déjà en mission au match aller pour tenter d’égaler le record de buts en sélection de Pauleta (47), Ronaldo s’en est rapproché en marquant, dans les derniers instants du match, un coup de tête qui a fait trembler les filets Suèdois. A la 82ème minute, dans un stade bouillant, Cristiano a offert un espoir infini au Portugal. Quatre jours plus tard, le 19 novembre 2013, Ronaldo et Zlatan se retrouvent pour marquer l’histoire. La Suède a besoin d’un but pour filer en prolongations, mais si le Portugal en marque ne serait-ce qu’un seul, la sélection d’Ibrahimovic devra l’emporter par deux buts d’écart. La rencontre s’annonce électrique, et va répondre à toutes les attentes des amoureux du football… en deuxième mi-temps seulement. En effet, les spectateurs présents à la Friends Arena de Solna, à côté de Stockholm, vont assister à une première mi-temps très pauvre : aucun but n’est marqué et le football défensif proposé par les deux équipes ne laisse aucune place à l’imagination. Pour les personnes qui ne voient en ce match aucun enjeu, c’est pire puisque ce football est peu plaisant à voir. Lorsque les deux équipes retournent aux vestiaires, le supplice s’arrête pour les téléspectateurs, et certains ont probablement dû changer de chaîne à cause de ce piètre spectacle. Un acte qu’ils ont dû regretter lorsqu’ils ont vu le scénario absolument fou de cette deuxième mi-temps, qui a métamorphosé les deux sélections et leurs capitaines.

Les deux capitaines. / Crédit photos : Panoramic

Un doublé pour espérer…

La Suède et le Portugal passent à l’attaque en rentrant des vestiaires. Il n’y a plus le temps : d’un côté le Portugal doit prendre des risques et marquer à tout prix pour éviter une déroute, de l’autre la Suède doit tenter le tout pour le tout pour espérer se qualifier à la fin des 45 minutes restantes. Malheureusement, les suédois sont inexistants dans le jeu et se font écraser par Cristiano Ronaldo, dans une forme olympique ce soir-là. Cinq minutes après le coup d’envoi de cette seconde période, le numéro 7 portugais est lancé dans la profondeur par Moutinho sur une passe Pirlesque, et il se retrouve en situation d’un contre un face à Isaksson, le gardien de but suédois. Il court une vingtaine de mètres avec le ballon dans les pieds, se décale sur sa gauche pour se débarrasser du défenseur adverse qui le course… et fusille les filets d’Isaksson de son pied droit, ne laissant aucune chance au portier. Le quart d’heure qui suit sont calme, la Suède multiplie les coups de pied arrêtés mais ne concrétisent rien. C’est finalement à la 68ème minute, sur corner, que le numéro 10 suédois, l’inévitable Zlatan Ibrahimovic, trouve la faille et plante un but de la tête. L’espoir est encore permis pour les suédois, et l’est encore plus lorsque Zlatan obtient un coup franc à l’entrée de la surface quatre minutes après. Sur son pied droit, Zlatan laisse l’autre tireur avancer et feinter un tir du gauche, avant de fusiller le petit filet gauche portugais en faisant passer le ballon sous le mur, mettant les deux équipes à égalité. Le stade explose et Zlatan encourage ses coéquipiers : à cause de la fameuse règle du but à l’extérieur, la Suède a encore besoin de mettre un but pour aller au mondial, et va pousser jusqu’au bout, pleine d’espoir. Espoir brisé en quelques minutes, par nul autre que Cristiano Ronaldo.

L’espoir est permis. / Crédits photos : Panoramic

…et un record pour l’histoire

En réponse à ce doublé plein de rage et de réalisme du capitaine suédois, celui de la sélection adverse va lui voler la vedette en marquant l’histoire à jamais. Le cauchemar de l’équipe à domicile commence quelques minutes après le but d’Ibrahimovic. Il est poussé dans la surface alors que son équipe s’est réveillée et ne cesse de presser très haut, mais l’arbitre, parfaitement placé, trouve la faute trop légère et ne siffle pas. Les Portugais profitent d’une brêche et de ce moment de confusion générale lors d’une contre-attaque pour anéantir les derniers espoirs suédois en quelques secondes. C’est évidemment Cristiano Ronaldo, lancé sur le côté gauche par un coéquipier, qui court à toute allure vers Isaksson. Bien plus rapide que les défenseurs adverses, il entre par la gauche dans la surface et croise parfaitement sa frappe, l’envoyant dans le petit filet droit. Tout est à refaire pour Zlatan, qui pensait pouvoir venir à bout de Cristiano Ronaldo. Au même moment, il est surpris à taper des mains et tout le monde pense que ses applaudissements sont à destination de CR7. Ce serait mal connaître le personnage, qui dans une interview à la Gazzetta dello Sports, révèle la vérité :

« Je n’ai pas applaudi Ronaldo, je voulais juste encourager mes coéquipiers. J’ai tapé dans mes mains pour leur remonter le moral et les motiver dans les derniers instants : il est important de ne jamais abandonner jusqu’à la fin, car tout peut arriver. Quant à Ronaldo, c’est évidemment un grand joueur à qui nous avons laissé trop d’espaces. Quand on parle de contre-attaque, personne ne lui arrive à la cheville, et il a encore une fois démontré ses qualités à ce petit jeu. »

Toutefois les applaudissement du double buteur suédois du soir sont vains : Cristiano Ronaldo décide d’enfoncer le clou et de sceller le sort du pauvre Zlatan, totalement impuissant face au monstre qui a été lâché contre lui et son équipe ce soir. Deux minutes après son doublé, le numéro 7 et ses coéquipiers se parlent avec les yeux. Alors que Moutinho vient d’avoir le ballon au milieu du terrain, il voit Cristiano s’élancer à pleine vitesse dans la profondeur : d’une passe au sol parfaitement dosée, il permet au ballon d’éviter un défenseur et d’arriver dans les pieds de son capitaine. Celui-ci semble pris au piège entre les défenseurs et la sortie du gardien, mais sans arrêter sa course, il se décale sur le droite et, dans une position de frappe improbable, parvient à loger le ballon au fond des filets. C’est la 47ème fois qu’il parvient à les faire trembler en sélection nationale. 47 comme Pauleta, qui n’est plus seul en tête des meilleurs buteurs de la Seleção. En répondant au doublé de Zlatan par un triplé à l’envergure historique, Cristiano Ronaldo a une nouvelle fois dévoilé au monde qu’il était l’un des plus grands.

Lors de cette soirée magique de Novembre 2013, Cristiano Ronaldo a réalisé un exploit monumental : porter sa sélection sur ses épaules et mettre à genoux celle d’un autre joueur de taille. Avec son but à l’aller et son triplé au match retour, il est l’unique buteur de son pays sur cette double-confrontation. En marquant un triplé en réponse au doublé de Zlatan et en égalant le record de buts de Pauleta en sélection, Ronaldo a rendu cette soirée mémorable, l’inscrivant pour toujours dans l’histoire du sport le plus populaire du monde. Ce soir-là, l’ancien attaquant du Real Madrid a montré qu’il était le patron.