Suarez And Sturridge : Quand la SAS terrorisait la Premier League

Luis Suarez et Daniel Sturridge sont deux joueurs aux trajectoires de carrière opposées mais qui sont liés par une course au titre palpitante. Au cours de la saison 2013-2014, les deux buteurs affolent les compteurs. Leurs performances leur valent un surnom à même de faire trembler les défenseurs les plus redoutables : la SAS.

La saison 2013-2014 de Premier League voit Manchester City remporter le titre au bout d’une saison pleine de rebondissements. Pour les supporters de Liverpool, elle est surtout marquée par la glissade du capitaine Steven Gerrard, glissade qui leur coûte le titre à trois journées de la fin du championnat. Forcément déçus par l’épilogue de cette saison, les Reds peuvent relativiser, ils luttent à nouveau pour le titre après cinq années ternes. Luis Suarez et Daniel Sturridge en sont les principaux artisans, terminant aux deux premières places du classement des buteurs.

Une association virevoltante

Luis Suarez brille par sa hargne et son sens de l’effort, qualités chères aux supporters des Reds. A Liverpool on aime les joueurs qui mouillent le maillot ! Sa capacité à harceler ses adversaires rappelle Dirk Kuyt, un joueur adulé du côté de la Mersey malgré un niveau technique relativement faible. En revanche, El Pistolero est très talentueux, il multiplie les petits ponts et les passes bien senties. Il a un sens du but inouï à l’intérieur de la surface comme en dehors. L’attaquant idéal en somme, si ce n’est pour son comportement trop souvent critiqué.

Daniel Sturridge a un air plus relâché, sa nonchalance lui confère une certaine élégance. Il danse avec le ballon, élimine ses adversaires d’un coup de rein et n’est pas avare en gestes techniques. Sa célébration après chacun de ses buts fait le tour des réseaux sociaux. Les deux joueurs ont des tempéraments différents mais leur association sur le terrain régale le Kop d’Anfield Road.

D’après leurs coéquipiers, les hommes ne sont pas particulièrement proches, ne s’adressent même que rarement la parole. Autant vous dire que vous ne risquez pas de les croiser en tête à tête au restaurant ! Leur relation et surtout leur efficacité sur le terrain, elles, sont au beau fixe. D’après Brendan Rodgers, leur entraîneur, ils ne fonctionnent pas comme un duo complémentaire mais plutôt comme deux maillons d’une chaîne qui ont le même objectif : Marquer. Leur « avarice » sert leur coéquipier dans le sens où elle divise l’attention des défenseurs, forcés de s’inquiéter de deux menaces potentielles.

Le redoublement d’appels de balle des deux coéquipiers permet notamment aux métronomes Philippe Coutinho ou Steven Gerrard de les trouver plus facilement ou au génie précoce de Raheem Sterling de se révéler. Pour ceux qui aiment les statistiques, les chiffres le confirment ! Avant l’arrivée de Sturridge, El Pistolero faisait trembler les filets toutes les 206 minutes. Il marque toutes les 101 minutes en sa compagnie.

L’efficacité de Suarez s’est accrue avec Sturridge à ses côtés. /crédits photo: 10 sport

Suarez suspendu, Sturridge sous pression

En ce début de saison, les rouges de Liverpool ne fanfaronnent pas. En effet, la septième place obtenue l’année précédente est synonyme de non-qualification européenne. Luis Suarez, deuxième meilleur buteur de Premier League, est conscient qu’un joueur de sa trempe se doit de participer à une coupe d’Europe. L’Uruguayen est convoité malgré sa suspension pour avoir mordu Branislav Ivanovic. Tout proche de rejoindre Arsenal, Steven Gerrard trouve les mots pour le convaincre de rester. Suarez comprend alors que s’il maintient le cap, des écuries plus attrayantes comme le Real Madrid ou le FC Barcelone vont sûrement s’intéresser à lui. Désireux de remporter des trophées et flatté par la sollicitude de son capitaine, Suarez accepte de rester une année supplémentaire.

Daniel Sturridge arrive au club lors du mercato d’hiver de la saison 2012-2013. Ses premiers mois sont une réussite ! Il inscrit 10 buts dont un coup du chapeau face à Fulham. L’attaquant est soulagé car, après des échecs à Manchester City puis à Chelsea, on craint qu’il ne rejoigne le club déjà bien fourni des éternels espoirs. Son transfert à Liverpool ressemble bien à sa dernière chance de révéler son plein potentiel dans un club de premier plan. Inspiré par la carrière de Didier Drogba qu’il a côtoyé à Londres, Sturridge entame la saison 2013-2014 avec l’objectif de prouver qu’il peut faire une grande carrière. En tout cas, les supporters salivent à l’idée de l’association de ces joueurs. Brendan Rodgers a tenté l’expérience avec réussite mais la suspension de Suarez pour dix matchs a chamboulé ses plans. Cette sanction signifie que l’Uruguayen ratera les cinq premières journées de la saison. La pression est donc sur les épaules du jeune Anglais de 23 ans.

Daniel Sturridge célèbre un but de sa chorégraphie fétiche. /crédits photo: paroles de foot

SAS : Who dares, wins

Malgré une blessure qui lui fait manquer une partie de la préparation pour la nouvelle saison, Daniel Sturridge mène l’attaque de Liverpool en l’absence de Suarez. Il s’en accommode à merveille ! Mieux encore, il est l’homme providentiel de son équipe à qui il permet d’accéder à la première place du championnat grâce à ses buts. Les Reds remportent leurs trois premiers matchs sur la plus petite des marges, un à zéro. Les trois buts sont l’œuvre de l’Anglais qui remporte le trophée de meilleur joueur du mois d’août. Alors que Luis Suarez est enfin de retour pour la sixième journée face à Sunderland. Sturridge est toujours en forme et entraîne son partenaire avec lui en lui offrant deux caviars. El Pistolero en profite pour retrouver les grisantes sensations du buteur. La SAS vient de lancer sa saison.

La SAS a marqué l’histoire de Liverpool. /crédits photo: The Independent

Le duo d’attaquants n’est pas le premier à hériter de ce surnom. En effet, Alan Shearer et Chris Sutton, porteurs des mêmes initiales ont aussi mérité cette appellation. Buteurs de Blackburn Rovers, ils inscrivent à eux deux la bagatelle de 49 buts lors de la saison 1994-1995. Ce sigle n’a pas été choisi au hasard. Il est aussi l’occasion de faire un clin d’oeil à une unité des forces spéciales de l’armée britannique, la Special Air Service, très active durant la Seconde Guerre Mondiale. Pour l’anecdote, l’association d’Ian Rush et de Robbie Fowler était surnommée « RAF », en référence à la Royal Air Force, l’armée de l’air britannique. Durant la guerre, la devise de la SAS était « Who Dares, Wins », soit « Qui Ose, Gagne » dans la langue de Molière. Cette devise sied parfaitement à l’état d’esprit intrépide du tandem offensif de Liverpool.

Un duo dans la légende

Les deux compères réussissent la meilleure saison de leur carrière. Malgré certaines absences, pour cause de suspension pour l’un et de blessures pour l’autre, ils trustent les premières places du classement des buteurs. Suarez inscrit notamment un quadruplé pour rattraper son retard. Face à Norwich, il fait preuve d’une réussite insolente ! Tout ce qu’il touche se transforme en or. Dès la 34ème minute, les Reds mènent 3 à 0 grâce à son coup du chapeau. D’une pichenette, il réalise un grand-pont lobé qui mystifie son adversaire avant de crucifier le gardien d’une demi-volée parfaitement exécutée. Il se prend la tête dans les bras, incrédule, au même titre que ses adversaires du soir. Son mois de décembre remarquable est récompensé par le trophée de meilleur joueur du mois.

Quelques semaines plus tard, le binôme en forme des Reds profite du duel face à l’autre club de la ville, Everton, pour définitivement graver leurs initiales dans le cœur des supporters. En ce 28 janvier glacial, la paire est impliquée dans chacun des buts de leur équipe. Sturridge inscrit un doublé dont une demi-volée splendide ! Dos au but, il pivote sur lui-même et mystifie un Tim Howard auteur d’une sortie au timing pour le moins hasardeux. Suarez apporte sa pierre à l’édifice d’un corner millimétré sur la tête victorieuse de Gerrard. Il y va aussi de son but au terme d’un raid solitaire dont il a le secret. Les Reds remportent le derby de la Mersey sur le score fleuve de 4 à 0.

Suarez fête son but devant les supporters d’Everton en 2011. /crédits photo: David Rawcliffe/Propaganda

Revigorés par cette victoire face à l’ennemi historique, la SAS et leurs coéquipiers vont enchaîner les belles performances et devenir les favoris au sacre. Sturridge devient le premier joueur de l’histoire des Reds à marquer durant huit matchs consécutifs. Ces derniers remportent 11 rencontres d’affilée en championnat, suffisant pour revêtir le costume de leader. C’est avec ce statut qu’ils reçoivent le Chelsea de José Mourinho pour le compte de la 36ème journée. Les Reds s’inclinent 2 à 0 à la suite d’une glissade malheureuse de Steven Gerrard sur une passe anodine qui permet à Demba Ba d’ouvrir la marque. Manchester City en profite pour rejoindre Liverpool en tête du classement.

Le titre échappe finalement au club malgré les 52 buts inscrits par la SAS. 52 buts ! Ce chiffre mirobolant place le duo à la première marche du classement des tandems les plus prolifiques en Premier League. Seuls Andy Cole et Peter Beardsley ont fait mieux lors de la saison 1993-1994, mais dans un championnat à 22 équipes.

Luis Suarez finit la saison avec 31 buts inscrits. Il est le meilleur buteur du championnat devant Daniel Sturridge et ses 21 buts. L’Uruguayen est élu meilleur joueur de la saison, sans suspense. La SAS a tout donné et ne peut pas se reprocher grand chose face à l’échec dans la course au titre. En effet, la défense de Liverpool n’a pas été à la hauteur de l’événement, avec 50 buts concédés, soit deux de plus que le promu Crystal Palace qui a terminé à la 11ème place !

Grâce à sa saison spectaculaire, Luis Suarez reçoit enfin un appel du grand Barça, malgré une nouvelle morsure, infligée cette fois à Chiellini pendant la Coupe Du Monde au Brésil. Sturridge, pour sa part, peine à retrouver son éclat. Victime de pépins physiques à répétition et privé de son allié, il n’est que l’ombre de lui-même, malgré quelques fulgurances. Les deux membres de la SAS vivent finalement des carrières diamétralement opposées mais en cette saison 2013-2014, ils sont entrés dans la postérité. Contre toute attente.