George Best, le beau gosse de Belfast

L’histoire de Manchester United est peuplée de numéros 7. L’un des plus fameux est sans doute George Best. Le Nord-irlandais fut à la fois un immense footballeur et une icône, une star comme les années 1960-70 en faisaient.

Celui que l’on appelle « le cinquième Beatle » est né en 1946 à Belfast. C’est un an auparavant, en 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, que l’Ecossais Matt Busby prend la tête de l’équipe de Manchester United. Cet homme, à l’image de son compère Bill Shankly à Liverpool, aura une importance considérable dans l’avenir de ce club, qu’il dirigera à plus de 1000 reprises et qu’il emmènera sur le toit de l’Europe, tout comme le fit plusieurs décennies après Alex Ferguson, un autre Ecossais.

George Best eut deux carrières. Dans la seconde partie de sa carrière, il fut un joueur globe trotter, passant par 17 clubs en 10 ans, de l’Inde à l’Australie, en passant par les Etats-Unis, Hong-Kong, sans oublier des retours en Angleterre. Mais dans la première partie de sa carrière, de loin la plus brillante sur le plan footballistique, il fut le joueur d’un club, Manchester United, pour lequel il joua plus de 10 ans.

La catastrophe de Munich

Best arrive à United peu après qu’un drame ait ravagé le club. Le 6 février 1958, à Munich, l’avion transportant l’équipe de Manchester United s’écrase au sol. Le terrible accident fait 23 victimes : journalistes, personnel naviguant, staff, et joueurs. Huit joueurs de Manchester United trouvent la mort, d’autres ne pourront plus jamais jouer au football. Parmi ces joueurs, certains étaient surnommés les « Busby Boys » ou « Busby Babes« , de jeunes prodiges dénichés par Matt Busby. Parmi ceux-ci, Duncan Edwards, mort des suites de ses blessures et considéré comme un crack absolu, notamment par Bobby Charlton, qui survie à l’accident et déclarera longtemps plus tard n’avoir jamais rejouer avec un tel joueur. Matt Busby, qui a reçu l’extrême-onction, est lui aussi un survivant. Il sort de l’hôpital après de longues semaines d’hospitalisation. S’il ne peut tenir son poste de sélectionneur écossais au Mondial suédois, poste qu’il quitte à la fin de l’année, Busby reste entraîneur de Manchester United et va s’efforcer de reconstruire une équipe autour des survivants de la terrible tragédie.

« I think I’ve found a genius« 

« Je pense que je viens de trouver un génie ». C’est par ce télégramme que Bob Bishop aurait annoncé à son boss, Busby, sa découverte du jeune George Best. Âgé de seulement 11 ans au moment du drame de Munich, Best est découvert par le recruteur à 15 ans. C’est en 1961 qu’il devient un Red Devil. Devenu professionnel en 1963, George Best est un des artisans de la renaissance rapide d’un club profondément marqué par la perte de ses joueurs, et plus particulièrement Matt Busby, qui avait entraîné ces jeunes dans son aventure. Dès la première année de Best en tant que professionnel, Manchester United remporte la Cup. L’année suivant ils sont vice-champions. En 1965, pour sa première saison complète, il devient champion d’Angleterre, il n’a pas encore 20 ans. C’est le premier titre pour le club depuis la catastrophe de Munich. Avant celle-ci, les Busby Boys avaient été champions deux années de suite en 1956 et 1957. George Best est alors dores et déjà international, or la faiblesse de sa sélection lui interdit tout espoir sérieux de rivaliser avec les meilleures nations lors des grands tournois, comme ce fut le cas pour un autre grand mancunien quelques décennies plus tard, celui-ci était gallois. Il ne participe donc pas à la Coupe du Monde 1966 qui voit plusieurs de ses coéquipiers être sacrés champions du monde tel que Bobby Charlton, qui obtient le Ballon d’or cette année-là. Sacré champion d’Angleterre pour la septième fois en 1967, Manchester United est à nouveau qualifié pour la C1 où le club s’était déjà illustré en 1966. Cette année-là, le club s’était hissé en demi-finale après avoir éliminé en quarts un double champion d’Europe, le Benfica d’Eusebio. Lors du match retour remporté 5-1, Best avait marqué un doublé, se révélant à l’Europe du football. Cette année 1968, marquant les 10 ans du drame de Munich, est celle de la consécration pour George Best, qui va, lui, fêter ses 22 ans.

1968, la consécration, 10 ans après le drame

Lors de cette saison 1967-68, George Best inscrit 32 buts toutes compétitions confondues. Il termine meilleur buteur et est sacré meilleur joueur du championnat d’Angleterre, un championnat remporté par Manchester City. Mais la consécration de Best se fait à Wembley, comme pour ses coéquipiers champions du monde deux ans auparavant. En effet, c’est là que se joue la finale de la Coupe d’Europe des Clubs Champions. C’est une première pour le club anglais, tombeur du sextuple vainqueur madrilène en demi-finale. En face, c’est un autre très grand d’Europe : les Red Devils retrouvent le grand Benfica d’Eusebio, double vainqueur et qui joue sa cinquième finale en huit ans! Les Portugais sont revanchards après leur demi-finale perdue face aux Anglais en 1966, toujours à Wembley. Les buteurs étaient Bobby Charlton et Eusebio, tous deux titulaires pour la finale de 1968.

Le 29 mai 1968, devant 100 000 personnes, l’inévitable Charlton ouvre le score pour les locaux à la 53ème minute. 20 minutes plus tard, Graça égalise pour les Portugais. 1-1 score final. Il faudra des prolongations pour déterminer un vainqueur. C’est le moment pour George Best d’entrer dans l’histoire.

Trois minutes après la reprise, le Nord-irlandais reçoit le ballon aux abords de la surface après une longue relance de son gardien. Petit-pont sur le défenseur portugais, puis crochet pour éliminer le portier adverse, les buts s’ouvrent alors à lui. C’est le coup de massue pour Benfica, qui encaisse un troisième but juste après, avant que Bobby Charlton ne signe un doublé en fin de match. George Best entre, par ce but, dans la légende. Il contribue à la première victoire d’un club anglais en C1, le deuxième sacre britannique puisque les hommes de Busby succèdent au palmarès au Celtic, vainqueur à Lisbonne en 1967.

Les quatre saisons suivantes de Best sont très régulières, à plus de 50 matchs et 20 buts. Mais c’est bien l’année 1968 qui a fait entrer le dribbleur de Belfast dans la légende. Il est distingué par la Ballon d’or, rejoignant ainsi ses coéquipiers Dennis Law (1964) et Bobby Charlton (1966). Best quitte le club en 1974 sans avoir remporté de nouveau titre. Il faudra attendre la première édition de la Premier League et 1993 pour voir le club mancunien être à nouveau sacré champion d’Angleterre. Busby n’avait rempilé lui que pour une saison supplémentaire. Il n’est plus entraîneur de Manchester United à partir de juin 1969. Il aura remporté cinq championnats et deux Cups.

 

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George Best assailli par la foule, ici à Dublin en 1970 / Crédits : Alamy

Si la deuxième partie de la carrière de l’immense George Best fut plus folklorique, la première fut très aboutie sur le plan sportif, faisant de George Best un des meilleurs joueurs de tous les temps, cité dans la liste « FIFA 100 » de Pelé, distinguant les joueurs ayant marqué le XXe siècle. Il a bien sûr été élu meilleur joueur nord-irlandais du siècle. Le « cinquième Beatle » fut une véritable star, adulé par les fans, comme le montre une célèbre photo de sa Rolls-Royce assaillie par la foule. Ses célèbres phrases sont désormais presque plus connues que lui et son image de fêtard invétéré, voire d’ivrogne, amène parfois à déconsidérer l’immense footballeur qu’il fut. Ne laissant personne indifférent, il est une des premières stars du ballon rond.

Rajouté in extremis par le grand Didier Roustan dans son Top 15 (élargi), celui-ci met en avant son charisme, sa classe folle, mais surtout son caractère révolutionnaire. En effet, Best est le représentant d’une génération née après-guerre et qui va casser les codes de la société anglaise. Par son comportement sur et en dehors du terrain, il participe d’une révolution culturelle dont les musiciens sont les meilleurs représentants, il ne tient pas son surnom de nul part.

Comme le rappelle Didier Roustan, « Pele? Very good, Maradona? Not bad, Best? The best!« 

 

Sources :