Les autres joueurs du « Napoli de Maradona » (1/2)

Le 5 juillet 1984, Diego Armando Maradona débarque à Naples en provenance du FC Barcelone, pour une somme alors record d’environ 12 millions d’euros, en faisant le transfert le plus cher de l’époque. Très vite, la ville entière s’enflamme pour son prodige, et 65 000 personnes se déplacent au stade San Paolo pour accueillir l’Argentin de 24 ans (seul Cristiano Ronaldo, lors de sa présentation au Santiago Barnabéu en 2009, fait mieux avec 75 000 personnes présentes). Dans la cité parthénopéenne, un espoir naît et se diffuse en un temps record : ce joueur va faire gagner Naples. C’est vrai, le club de la troisième plus grande ville d’Italie ne jouit alors pas d’un palmarès impressionnant : jamais champion d’Italie, le Napoli se contente de glaner deux Coupes d’Italie en 1962 et 1976, ajoutées à une poignée de trophées mineurs. Avec Maradona, les choses changent. Le joueur propulse le club dans une dimension sportive et médiatique sans précédent. Il offre au Napoli les titres les plus prestigieux de son histoire et de son palmarès (encore aujourd’hui), en gagnant deux fois le championnat italien en 1987 et 1990, en remportant une Coupe UEFA (ancêtre de l’actuelle Europa League) en 1989, ainsi qu’une Coupe (1987) et une Supercoupe (1990) d’Italie.

Si le rôle joué par Diego Maradona dans la conquête de ces titres est tout à fait indéniable, il est néanmoins absurde de considérer l’Argentin comme le seul acteur des années dorées du club de Naples. Cet article vise donc à présenter certains des autres joueurs, trop souvent oubliés au profit d’une appellation devenue légendaire de « Napoli de Maradona », qui composaient une équipe complète et cohérente de joueurs travailleurs et talentueux et qui, avec l’aide du Pibe de Oro, devinrent une des meilleures équipes italiennes des années 1980-1990.

  • Giuseppe BRUSCOLOTTI

Plusieurs noms emblématiques viennent d’instinct aux Napolitains lorsqu’on leur parle des capitaines ayant marqué l’histoire de leur club. Celui de Giuseppe Bruscolotti fait partie de cette liste, et se place même dans le haut du classement. Né en 1951 et originaire de Campanie (la région italienne dont Naples est la capitale), le défenseur italien passe 16 saisons au club, entre 1972 et 1988. Il a longtemps été le joueur ayant disputé le plus de matchs de l’histoire du Napoli, avec 511 apparitions, récemment dépassées par un autre capitaine légendaire du club : un certain Marek Hamšík. Pas doué d’une technique époustouflante, Bruscolotti se rattrape par une détermination, une exemplarité et un calme sans pareil. Réputé dur sur l’homme, il fait face à une génération entière d’attaquants brillants (parmi lesquels Pierino Prati, Gianni Rivera, Alessandro Mazzola, Paolo Rossi, Bruno Conti…) qu’il arrive à mettre en difficulté, ce qui lui vaut bien vite deux choses. La première, c’est un surnom affectif qui ne le quittera plus jusqu’à la fin de sa carrière : Palo ‘e fierro. Cela signifie, en napolitain, la « barre de fer ». La deuxième, c’est le brassard de capitaine du Napoli, qu’il obtient en 1976. Ce même brassard, Bruscolotti l’offrit, de son propre chef, à Diego Maradona lorsque celui-ci arriva au club. Ce geste fort marqua beaucoup les esprits : le capitaine du Napoli mettait tout de suite l’Argentin face à ses responsabilités, il serait le capitaine d’un Napoli victorieux. Cette générosité et cette chaleur humaine, Bruscolotti les doit à ses origines modestes et paysannes, et elles ne le quittèrent pas avec le brassard. Il était fréquent qu’il organise des soirées d’après match auxquelles l’équipe entière se rendait, ce qui contribua au fil des années à forger une équipe soudée et fraternelle.

S’il laisse un souvenir affectueux et chaleureux au peuple de Naples, Bruscolotti n’a jamais revêtit le maillot bleu de l’équipe nationale italienne. Une non-sélection que beaucoup en Campanie jugent injuste, encore aujourd’hui. Bruscolotti gagna le premier scudetto du club en 1987, ainsi que la Coupe d’Italie glanée la même année (à laquelle s’ajoute la coupe de 1976). Il met fin à sa carrière en 1988, à l’âge de 37 ans, laissant derrière lui une équipe entre de bonnes mains qui, avec de nouveaux cadres, ira remporter de nouveaux titres.

Giuseppe Bruscolotti / Crédits photo : Sportellate

  • Ciro FERRARA

Autre napolitain de sang, Ciro Ferrara voit le jour en 1967. Il intègre l’équipe junior du Napoli à l’âge de 13 ans, mais est contraint de vite arrêter sa formation à cause de la maladie d’Osgood-Schlatter, qui handicapait le joueur au niveau du genou. A 15 ans, il est opéré et peut regagner le centre de formation du club. C’est 2 ans plus tard, en 1984, qu’il rejoint l’équipe professionnelle. Il y passe 11 saisons et y cumule 322 matches joués. Défenseur lui aussi, Ferrara bénéficie de l’influence et de l’expérience de Giuseppe Bruscolotti pour devenir l’un des tous meilleurs à son poste, ce qui lui vaudra, entre 1987 et 2002, 49 sélections avec la Nazionale. Il est un joueur complet au profil moderne : un défenseur à la fois rugueux et subtil, montrant souvent une qualité rare d’anticipation et d’interception de la balle. Il est aussi un joueur rapide et explosif, ce qui lui vaut quelques matchs joués au poste de latéral, où il se montre satisfaisant. Au cœur du « Napoli de Maradona », Ferrara gagne tout : les deux scudetti de 1987 et 1990, la Coupe d’Italie de 1987, la Coupe UEFA de 1989 et la Supercoupe d’Italie en 1990. A Naples, le seul bémol fut que le joueur, pour des problèmes économiques liés aux mauvais bilans du club, est contraint de quitter le Napoli en 1994, pour rejoindre le rival absolu de la Juventus. Il y effectue une carrière brillante, glanant cinq autres titres de champion d’Italie, et la Ligue des Champions de 1996. Malgré ses années passées à Turin, Ciro Ferrara ne cesse jamais de faire des déclarations d’affection et d’amour envers le club de sa ville d’origine, dont les tifosi lui portent encore une grande affection.

Ciro Ferrara / Crédits photo : Corriere del Mezzogiorno

  • Alessandro RENICA

Si les deux joueurs déjà présentés sont originaires de Campanie et ont donc commencé leurs carrières dans le club parthénopéen, ce n’est pas le cas d’Alessandro Renica. Pas originaire de Campanie, l’Italien ne l’est d’ailleurs de nulle part sur la botte, puisqu’il naît un peu par hasard en France, à Anneville-sur-Mer en Basse-Normandie. Renica fait ses armes au club de Vicenza entre 1979 et 1982, avant de rejoindre la Sampdoria de Gênes, où il reste jusqu’en 1985. Diego Maradona joue alors au Napoli depuis une saison, saison qui ne fut pas mémorable puisque l’équipe finit à la huitième place (sur seize équipes à l’époque), et est éliminée dès les 16èmes de finale en Coupe d’Italie. Le club décide de se renforcer, et fait donc appel à un homme dont le rôle de dirigeant sportif fut capital pour l’évolution du Napoli : Italo Allodi. Ce dernier arrive au club avec déjà une longue carrière derrière lui : l’Internazionale, la Juventus, de longues années au sein du staff de l’équipe nationale, et la Fiorentina. Ses deux années au Napoli (1985-1987) furent les dernières de sa carrière de dirigeant sportif, mais elles lui permirent d’amener un certain nombre de joueurs talentueux au club, à l’image de Renica. Allodi parlait de ce dernier comme étant un défenseur de grand talent, l’un des meilleurs après Franco Baresi (comparaison déjà flatteuse). Gaucher au physique assez léger pour les défenseurs de l’époque (1 mètre 82), Renica était doté d’un grand sens tactique et d’une lecture du jeu lui permettant souvent d’avoir un coup d’avance sur son adversaire. De plus, il n’hésitait pas à jouer plus haut sur le terrain, étant doté d’une qualité de passe rare pour son poste, il participait souvent aux constructions de phases offensives. Acteur incontournable du premier scudetto de 1987, Renica joue 136 matchs avec le Napoli, et inscrit 10 buts. Parmi ces 10 buts, 5 furent marqués contre leur rival : la Juventus. Il savait donc choisir ses cibles, mais également ses occasions. En effet, son but le plus mémorable avec le maillot napolitain fut inscrit lors du quart de finale retour de la Coupe UEFA, le 15 mars 1989, dans un stade San Paolo bondé, et face à la Juventus. Le Napoli avait perdu le match aller à Turin sur le score de 2-0. La tâche de remonter ce score semblait difficile à relever, mais n’effrayait pas Maradona et sa bande, qui se lancèrent à l’assaut de la surface turinoise dès le début de la rencontre. A la dixième minute de jeu, Maradona transforme un penalty qui enflamme le stade entier et donne un immense espoir à tous les spectateurs. Juste avant la mi-temps, Andrea Carnevale marque le deuxième but d’une frappe puissante : les deux équipes sont à égalité. Le match se termine sur le score de 2-0, et va donc en prolongations. Le premier quart d’heure de prolongation se finit sans but, et il ne reste qu’une poignée de seconde avant la fin du deuxième, fin qui dirigerait les deux équipes vers une séance de tirs au but. C’est alors que Carnevale déborde sur l’aile droite et envoie un centre hasardeux dans la surface. Renica surgit et place une tête plongeante qui envoie le ballon au fond des filets. Le Napoli passe devant à la 119ème minute de jeu, bat la Juventus 3-0 et se qualifie en demi-finale de la Coupe UEFA. Le San Paolo et les dizaines de milliers de supporters présents explosent de joie, le Napoli, un an après le premier scudetto, tient un nouvel exploit. L’équipe triomphe du Bayern Munich en demi (4-2 sur les deux matches), et bat le VFB Stuttgart en finale (5-4 sur les deux matches, les finales se jouaient alors en format aller-retour).

Renica connut une fin de carrière moins heureuse. Frappé d’une déchirure musculaire, il est un acteur moins important du second scudetto gagné en 1990. Il est transféré en 1991 à l’Hellas Verona, où il finit sa carrière deux ans plus tard. Mais les supporters du Napoli n’auront pas oublié leur numéro 6, gratteur de ballon, organisateur de jeu, buteur héroïque.

Alessandro Renica / Crédits photo : Flickr

Ces quelques hommes furent des acteurs cruciaux des succès devenus légendaires d’une équipe menée par l’un des meilleurs joueurs de l’histoire du football : Diego Armando Maradona. Tantôt leaders charismatiques, tantôt travailleurs de l’ombre œuvrant pour leur équipe, tantôt un efficace mélange des deux, chacun d’entre eux apportât sa pierre à l’édifice. Souvenirs heureux d’une belle épopée pour les plus anciens, noms, figures et histoires de légendes pour les plus jeunes, chacun d’entre eux est encore bien présent dans le cœur des supporters du Napoli.

Une seconde partie de cet article sera publiée la semaine prochaine, afin de présenter d’autres acteurs méconnus du « Napoli de Maradona ».