Copa América : la folle édition de 1999

La Copa América est sans aucun doute possible l’une des compétitions internationales les plus excitantes à regarder pour un fan de football. Honnêtement, quoi de mieux que de se lever à deux heures du matin pour regarder un succulent Paraguay – Vénézuela ? L’Amérique du Sud respire le football. Chaque pays a son style, mais tous ont en commun cette passion inégalée du ballon rond et cette énergie inébranlable quand il est question d’encourager sa sélection en Copa. Nombreux sont les pays qui se considèrent comme rivaux en Amérique du Sud, notamment la Triade Uruguay – Argentine – Brésil. Retour en 1999, lors d’une édition totalement folle de la Copa América, pendant laquelle des évènements inattendus n’ont cessé de se succéder.

Cette édition peu commune de la Copa América a eu lieu au Paraguay, sans tour préliminaire et avec douze pays participants : les habitués d’Amérique du Sud et deux invités, le Japon et le Mexique. En effet, si pour beaucoup, le Japon a pour la première fois été invité en 2019, ce n’était pas le cas. Les participants sont répartis en trois groupes de quatre. Ensuite, les trois meilleurs de chaque groupe sont qualifiés pour les quarts de finale, à l’exception du pire troisième (celui qui a comptabilisé le moins de points entre tous, en l’occurrence la Bolivie avec deux points). Huit sont donc qualifiés pour les phases finales. Le Brésil tombe dans un groupe peu relevé et s’en sort sans encombre, au contraire du « groupe de la mort » qui rassemble la Colombie, l’Argentine, l’Équateur et l’Uruguay. Les deux premiers font partie des favoris, alors que l’Uruguay n’est absolument pas attendu au tournant : Montero et Recoba ne sont pas présents et le sélectionneur en profite pour entraîner une nouvelle génération. Les phases de poule sont relativement mornes, malgré quelques matchs à suspens dans ce fameux groupe. Le match à retenir ? Un Colombie – Argentine dont le score sans appel (3-0) ne reflète en rien le déroulement du match. En effet, la Colombie n’a mené que d’un petit but jusqu’à la 79ème minute, synonyme de break pour les Colombiens. Entretemps, les Argentins ont obtenu trois penaltys, tous tirés par Martin Palermo et… tous ratés. En plus de ce match, des invités et du déroulement de la compétition, les deux choses à retenir sont les parcours totalement fous de l’Uruguay et de la paire Ronaldo – Rivaldo, qui a terrorisé la totalité des défenses adverses.

Le Japon à la Copa América, 1999 / Crédits : Alamy

Le parcours uruguayen : une ôde à la jeunesse

C’est la surprise totale de cette édition. Quand on pense à des équipes exceptionnelles particulièrement jeunes, on pense à l’Ajax de 1995, l’Ajax de 2019… mais l’Uruguay de 1999 est à mettre sur un pied d’égalité de ces parcours, tant l’exploit était grand. En l’absence de Recoba et Montero, deux cadres de la Celeste, l’Uruguay a dû se contenter du talent de ces jeunes. L’âge moyen de l’équipe ? 23 ans. Sortis du groupe de la mort à la troisième place derrière la Colombie et l’Argentine, les Uruguayens ont réussi à se défaire de l’Équateur pour prendre trois points et se qualifier pour la suite.

Là, l’équipe éliminée au premier tour de la Copa América de 1997 se retrouve face à son voisin paraguayen, contre qui elle s’impose aux tirs au but et se qualifie en demi-finales. La Celeste tombe contre le Chili et, comme contre le Paraguay, finit par s’imposer miraculeusement aux tirs aux buts. La suite est moins joyeuse : la paire Ronaldo – Rivaldo ne pardonne pas et remporte la Copa très largement.Sur le papier, le parcours peut paraître quelconque : une troisième place en poules et deux victoires de justesse aux tirs aux buts. Pourtant, ce parcours est bien une ôde à l’audace de la jeunesse et à la force de la Charrua uruguayenne, qui a réussi à réaliser un exploit en allant si loin, s’inscrivant dans l’histoire de la Copa América et du football. Zalayeta, attaquant de la Celeste, a réussi à porter sa sélection en marquant 4 des 3 buts de son équipe. Avec un effectif âgé de 23 ans, cela en fait l’équipe la plus jeune ayant jamais mis les pieds en finale d’une compétition internationale.

La paire Ronaldo – Rivaldo, le cauchemar des défenseurs adverses

Le Brésil était le grandissime favori de la compétition bien avant son lancement. Avec l’avantage du terrain et un effectif à des années lumières de ceux des autres nations, les Auriverdes semblaient intouchables. La sélection de Rivaldo, Ronaldo, Romario et consorts n’aura effectivement presque jamais douté, et va prendre le titre sans trop d’embuches. Le Brésil arrive en tant que tenant du titre de 1997, et finaliste à l’édition d’avant, en 1995. Forcément, le pays est craint et personne ne veut tomber dans la poule des favoris. Ce sont le Venezuela, le Chili et le Mexique qui ont la malchance d’hériter du groupe du Brésil, et cela va leur coûter cher. Le match d’ouverture de la compétition oppose le Brésil au Venezuela, et difficile de qualifier cette rencontre de match de football. Le terme « massacre » ou « humiliation » serait plus adapté : les Vénézuéliens prennent le bouillon et le score est sans appel : 7-0 pour les Auriverdes. Le Mexique s’incline ensuite 2-1 et a failli faire douter le Brésil : mené 2-0 à la mi-temps, un but à la 74ème vient raviver les espoirs des Mexicains, rapidement enterrés par le coup de sifflet final. Le Chili perd ensuite 1-0, et c’est un sans faute pour les Brésiliens avant d’entamer la phase finale.

C’est l’un des deux grands rivaux du Brésil qui se dresse face à eux, et c’est un autre favori de la compétition : l’Argentine. Sortie deuxième du « groupe de la mort » aux côtés de la Colombie, de l’Uruguay et de l’Equateur avec comme seule défaite le fameux match perdu contre la Colombie et les trois penaltys manqués. C’est à l’Estadio Antonio Oddone Sarubbi et devant plus de 26 000 spectateurs que les deux équipes s’affrontent. Contre toute attente, l’Argentine marque le premier but de la rencontre et le Brésil est mené pour la première fois de la compétition. Finalement, Rivaldo égalise peu après la demi-heure de jeu et Ronaldo plante le deuxième au retour des vestiaires. Le score ne change plus, et la paire Ronaldo – Rivaldo (respectivement 4 et 2 buts à ce stade de la compétition) sauve le Brésil, chose qui va devenir coutumière dans la compétition. Le match contre le Mexique est au même stade, devant seulement 10 000 personnes cette fois-ci, et c’est une formalité pour les Auriverdes qui s’imposent 2-0 (Amoroso, Rivaldo) avant de rejoindre la finale.

Là, c’est l’autre rival de toujours, l’Uruguay, et son équipe de jeunes qui se dresse face au Brésil. La finale sera à sens unique : un 3-0 net et sans bavure pour la paire Rivaldo – Ronaldo, le premier étant auteur d’un doublé. Comme initialement prévu par les pronostiqueurs, le Brésil remporte la Copa, Ronaldo et Rivaldo ayant porté leur pays durant la totalité de la compétition. Les deux finissent à cinq buts chacun et Rivaldo est désigné meilleur joueur. Ceux qui ont eu la chance de voir cette édition de leurs propres yeux ont pu assister à un festival brésilien sans pareil.

Ronaldo – Rivaldo, la double identité offensive brésilienne

Cette édition a sans aucun doute été l’une des plus belles n’ayant jamais eu lieu. Tous les ingrédients étaient réunis : un Brésil impitoyable, une équipe surprise ayant réalisé un parcours exceptionnel, des évènements inattendus (trois penaltys ratés en une partie par l’Argentine) et une ambiance folle. Très largement, cette Copa América peut être désignée comme l’une de celles qui a le plus marqué l’histoire de cette compétition, forgeant un peu plus la légende du football sud-américain.